Union Locale CGT Paris 11

CGT culture ville de Paris

D 15 septembre 2014     H 23:18     A ulcgtparis11     RSS 2.0    


Ouvrir les bibliothèques le dimanche à Paris : avec quels moyens mais surtout pour quoi faire ?

Car une bibliothèque c’est aussi un territoire et des représentations

Pendant la campagne des municipales, la candidate à la Mairie de Paris, Anne Hidalgo n’a cessé de clamer son envie « d’ouvrir une bibliothèque le dimanche par arrondissement ». Cette obsession a été confirmée dans la feuille de route que la maire de Paris a envoyé à son adjoint à la culture, Bruno Julliard. Mais ouvrir le dimanche alors que de nombreuses bibliothèques municipales n’arrivent déjà plus à ouvrir normalement en semaine n’est tout simplement pas réaliste. Voici pourquoi.

- L’augmentation des horaires peut difficilement se faire avec des moyens humains en baisse : non remplacement d’un fonctionnaire sur deux comme l’oblige la RGPP et comme l’applique avec zèle la municipalité parisienne depuis plusieurs années dans ses bibliothèques..

- Même en réorganisant les services et en ouvrant là où c’est possible, plus largement, impossible de ne pas avoir recours à des mécanismes de compensation financière (le dimanche notamment) : avec quel argent ? Une véritable bombe à retardement tant la question de la prime dominicale traverse tout les secteurs de la Ville de Paris (musées, nettoiement, sports, parcs et jardins en plus des bibliothèques)

- On pourra dire : embauchons des vacataires, des étudiants, des chômeurs avec des contrats précaires. Même question : avec quel argent ? Mais surtout : avec quelles compétences, pour quel service ? L’ouverture des bibliothèques plus largement ne doit pas se faire sur le mode dégradé que nous subissons d’ailleurs suffisamment en semaine !

Par ailleurs, l’ouverture dominicale pose un problème de logistique et de support : en cas de panne électrique, informatique, de trouble à l’ordre public etc... à qui fait-on appel ? Ce problème est déjà pénalisant le samedi, on ne vous dit pas le dimanche... Va-t-on demander à notre DSI (Direction des Systèmes Informatiques) de venir bosser aussi ce jour là ?

Ouvrons plus : mais pour quoi faire ? A l’origine de cette demande, l’idée que les bibliothèques (parisiennes surtout, et universitaires d’autant plus) sont sursaturées et qu’en ouvrant plus on libère de l’énergie intellectuelle et créative en permettant l’accès au savoir pour tout le monde. En réalité, cette demande affiche plutôt le manque de places de travail et concerne en premier lieu les étudiants, très mal lotis à Paris. Cette mission ne peut pas reposer uniquement sur les bibliothèques publiques dont les missions sont plus nombreuses (loisirs, culture, apprentissage)

- Par exemple à la Médiathèque Yourcenar (Paris XVe), l’ouverture du dimanche ne permet pas de toucher d’autres publics. Du monde, oui, mais en famille. Ce sont les mêmes catégories sociaux-professionnelles (CSP) qui fréquentent l’établissement. En semaine il y a les enfants, voire la maman le mercredi. Le dimanche, c’est tous ensemble que la famille se retrouve à la médiathèque. Croire que l’ouverture élargie peut seule permettre l’accès démocratique au savoir est illusoire, il faut prendre la question sous deux angles :

Le territoire : il est facile de comparer les très grosses bibliothèques centrales d’Amsterdam et d’Europe avec la multitude de médiathèques parisiennes. La Ville de Paris a choisi un maillage de bibliothèques très précis, au plus proche des populations (les fameuses bibliothèques de quartier ou de proximité). Cette tendance est en train de disparaître au profit de gros établissements, c’est en tout cas la tentation de la municipalité qui a fermé (ou voulue fermer) plusieurs lieux de ce type (Vaugirard, Morland, Isle St Louis...).

En supprimant le lien de proximité on "perd" les publics qui ont le plus de mal à se déplacer, à savoir les plus démunis, en favorisant les habitants en capacité de se déplacer facilement. Cette tendance si elle se comfirmait, risquerait à terme de créer un fossé encore plus grand entre les territoires parisiens.

Les représentations : bien que la bibliothèque soit reconnue pour jouer un rôle important dans la cité et même dans l’université, sa représentation par les différentes CSP est extrêmement différente. Il est évident que des établissements centraux, massifs, qui plus est, fréquentés par des étudiants, peuvent « faire peur » à des populations au capital culturel plus faible. Les bibliothèques doivent travailler sur cet écart, par de la communication ciblée et des actions hors-les-murs, pour réduire cet aspect à un détail et promouvoir la lecture publique pour tous.

Alors avant d’ouvrir plus, ouvrons mieux et soutenons le texte ouvrons mieux les bibliothèques signé par de nombreux bibliothécaires et usagers (c’est aussi ici)

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